Dimanche 13 mai 2017 Bratislava-Komarno 105km

maison campagnarde à Cicov

Aujourd'hui l'itinéraire suit la digue du Danube, au début c 'est un rêve, à la fin un cauchemar.

Le rêve c'est une chaussée bien lisse, sans aucun dénivelé, le vent dans le dos, le soleil au-dessus, le fleuve tellement large qu'on dirait plutôt un grand lac bleu bordé de roseaux où les rousserolles et autres oiseaux de rivière lancent leurs trilles. Et de jolies fleurs sur les bords.

Lors d'un arrêt dans un petit bistrot au bord du fleuve,rencontre avec un couple d'anglais sympathiques, qui font le trajet de la Mer Noire à Londres, en passant par le canal de Nantes à Brest pour traverser la Manche à Roscoff. Par chance, je peux leur laisser le plan de Bratislava que je n'avais pas encore réussi à mettre dans une poubelle .

Maintenant le Danube est canalisé, entre deux digues de béton, c'est pour cela que les villages sont en dessous du niveau de l'eau.

Le cauchemar, c'est que le bon chemin se termine, jusqu'à Komarno il n'y a pas de revêtement mais des espèces de gravillons grossiers pas du tout stabilisé, parfois sur 10cm d'épaisseur.

Au début j'arrive à l'éviter en prenant des petites routes qui traversent les villages. Ce sont des villages très étalés, formés de maisons carrées aux toits à 4 pentes entourées de grands jardins, et on y parle... hongrois plus que slovaque. D'ailleurs toutes les inscriptions se font dans les deux langues et chaque village a un nom tchèque et un nom hongrois.

Mais après il faut se remettre sur la digue, et là c'est l'horreur.Il y a plusieurs techniques pour avancer un peu : aller le plus vite possible ( résultat je me casse la figure), passer au milieu où un peu d'herbe a poussé. Passer sur le côté où les cyclistes ont fait une trace de 10cm de large. Prendre des chemins parallèles encore faut-il être sûr de pouvoir remonter après.Tout ça ne marche qu'épisodiquement, il faut souvent descendre de vélo, c'est épuisant. On ne risque pas de regarder le paysage, d'ailleurs il n'est pas formidable. Et ce qui est pire je ne vois pas de place de bivouac possible.

Bref j'irai comme ça jusque Komarno pour trouver le camping fermé. Je plante ma tente pas loin de là, dans un jardin public près de la salle de sport.

Lundi 15 mai 2017 – Komarno – Szob 72km

arrivée en Hongrie

Temps un peu couvert, chaud, un peu orageux

Komarno est une jolie petite ville, bien calme ce matin. Grande église blanche baroque avec deux tours, jolies maisons de style baroque ou grands bâtiments XIXème souvent décrépis (au sens littéral), grand espace piéton, des statues et monumets commémoratifs un peu partout, illustres inconnus à part Bela Bartok qui a une plaque a un endroit où il a joué.

On passe devant des fortifications et le confluent du Vah avec le Danube, et c'est reparti sur la digue. Un peu plus loin, les vestiges d'un camp romain (classique, bien carré), et un itinéraire qui alterne entre les bords du fleuve et la route, ce qui permet de traverser les villages, où les vieilles ferme cotoient des maisons cubiques pas du tout poétiques. Mais il y a toujours beaucoup de jardins, et de jolies églises, toujours des monuments dont beaucoup en bois sculpté aux allures de totems.

On observe encore les restes de l'économie socialiste ruinée : grandes fermes d'état abandonnées, usines et ateliers désaffectés.

Comme je retombe sur des chemins pourris, je prends les grandes routes, pour rejoindre Sturovo (qui s'appelle en hongrois Parkany). Les voitures vont vite mais je remarque que les conducteurs font quand même attention. Ces routes sont souvent bordées de noyers. Un peu plus au nord il y a des côteaux plantés de vigne.

Je dépense mes derniers euros à Sturovo-Parkany, jolie petite ville agréablement animée, les gens se promènent et mangent des glaces, on ne sait jamais en quelle langue il faut dire merci ou bonjour, enfin on va passer le pont et les choses seront plus difficiles, mais claires.

C'est un beau pont et pas du tout effrayant, c'est très large pour passer, avec belle sur Esztergom et les coupoles de sa gigantesque basilique. La ville moderne est au sud, j'y fais une provisions de 20000 Forints, en deux gros billets soit 69 euros. La vieille ville est une rue pavée coincée entre la basilique et le fleuve. Il suffit de continuer pour trouver la véloroute qui suit le Danube, étroite, bétonnée, pleine de trous et de bosses, mais joliment bordée d'arbres.

Après il faudra prendre une route, pareil, il y a des sacrés trous. Et puis on tourne pour aller à Szob. Il faut prendre le bac (komp) pour traverser le fleuve. En attendant je m'arrête dans le bistrot au bord de l'eau et demande un thé espérant faire de la monnaie, mais la patronne n'en a pas et me fait cadeau du thé, très bon avec un quart de citron frais. Elle ne parle que hongrois.

Traversée trop rapide mais magique, mais le village de Szob est aussi idyllique , verdure et flaneries au bord de l'eau, et un camping que l'on peut qualifier de parfait.

Szob - Budapest 71km

Vac et le mont Naszaly

Beau, comme hier

Trop bien ce camping, pas moyen d'en décoller, départ à 11h. Une belle bande de parc au bord du Danube, ensuite on longe le fleuve mais de temps en temps sur la route ou juste à côté. Surprise, il y a des côtes! C'est que l'environnement a changé, autour ce n'est plus la plaine, mais des hauteurs boisées avec de temps en temps un château au sommet.

Le fleuve fait de grandes boucles, et à partir de Vac, au sud du Mont Naszaly (652m, horriblement défiguré par d'immenses carrières), il va cap au sud.

J'arrive à Vac à 14h et le bac (komp) s'apprête à partir. Je comprends que le prochain est à 15h, trop tard alors pas le temps de visiter la ville.... et en fait, le prochain était à... 14h15. Trop dur de ne pas parler la langue...

Le reste du trajet c'est beaucoup dans des zones urbaines et assez souvent sur des routes. De beaux passages dans les boisements de bord du fleuve (ripisylves) avec des peupliers blancs énormes mais aussi très prolifiques en coton blanc ce qui n'est pas toujours agréable. Ce qui n'est pas toujours agréable non plus c'est l'état des chemins, c'est que des trous et des bosses. Il y a pourtant beaucoup de cyclistes.

Arrivée dans une circulation trépidante, traversée du Margrit hid (le pont Marguerite, au bout de l'île du même nom), vue sur le parlement, et un grand tour sur les immenses avenues encombrées de Pest avant de trouver l'hostel, assez peuplé et bruyant aussi.

Grande ville, monuments énormes, maisons énormes, un monde fou, des flots de voitures... Vivement la campagne!

Mercredi 17 mai 2017 – Budapest – Rackeve 47km

Pest vue de Buda

Beau temps, chaud mais pas trop, quelques nuages

 

Malgré mon envie de quitter la ville je me dois quand même d'aller faire un tour à Buda, la ville historique, de l'autre côté du Danube, que je traverse sur le pont Szechenyi Lanchid d'où la vue sur le fleuve et la ville est magnifique.

Il faut monter un peu, mais quel site splendide à cette heure matinale, avant l'arrivée des troupeaux de touristes. Les remparts, les statues moyenâgeuses, la grande place, la blanche cathédrale gothique aux tuiles polychromes.

Traversée d'une rue aux maisons anciennes peintes, arrivée aux abords du château, et je repars emballer mon matériel et essayer de retrouver la véloroute. Ce qui est un peu laborieux, mais même après retrouvé les panneaux, ce n'est pas un chemin ni facile (pavés, chemins de terre plein de trous...) ni bien joli (zones industrielles ou pavillonnaires).

On longe un bras du Danube un peu sauvage, bordé de roseaux, zone de loisir avec partout des pontons de pêche ou d'amarrage. À la sortie de la ville, au bord de la route mais près de l'eau on tombe sur toute un groupe de petites gargottes populaires où on se régale de poisson frit et saucisses. Je me contenterai d'un café.

Je me sens fatiguée après cette ville tuante, je n'irai pas bien loin aujourd'hui : il y a un camping à Rackeve à 47km. Encore quelques chemins pourris puis c'est une route qui serait agréable sans les voitures. La campagne est plate et tout à fait ordinaire, mais la route est bordée d'arbres, notamment de robiniers (faux acacias) en fleurs, c'est joli et ça embaume. L'herbe des bas-côtés n'est pas tondue et les branches basses des arbres débordent sur la route.

Le camping est à côté d'un « aqualand » mais bien dans la campagne, au calme, quasiment vide, et comme à Szob il y a une cuisine où on peut se faire à manger et s'installer.

Il y a une famille d'Anglais, la fille pédale vers la Mer Noire à grande vitesse (120km par jour). Les parents pédalent et déplacent la voiture.

 

 

 

Jeudi 18 mai 2017 – Rackeve – Harta 66km

Église réformée et bibliothèque à Solt. On remarquera le pavage typique.

Toujours le même beau temps mais vent du sud

à ceux qui seraient scandalisés par mon parfait état physique, eh bien voilà, aujourd'hui problème, j'ai mal au genou droit. Surtout au démarrage après ça se passe mais ça reprend dès que je m'arrête.

Autre mauvaise surprise le vent vient du sud et je l'ai en face. Bref pas d'exploits aujourd'hui.

Je vais éviter tous les passages sur des chemins, ce qui m'obligera à prendre à plusieurs reprises des routes nationale.

Le Danube, ou plus exactement le bras qui passe à Rackeve, je ne le verrai que dans les premiers kilomètres jusqu'au bourg de Dömbös. Comme hier la rive n'est qu'une succession de petites bicoques avec pour chacun leur petite aire de détente et leur ponton au bord de l'eau.

L'itinéraire « alternatif » traverse des zones agricoles et des villages. C'est une campagne sans rien d’extraordinaire, plate mais, excepté pour une zone d'agriculture intensive, elle n'est pas désagréable. Il y a beaucoup d'arbres, notamment au bord des routes ou en bas des digues, et globalement c'est vert.

Les villages sont très étalés, avec de belles maisons anciennes, des petites fermes en longueur crépies et avec des bords de fenêtres sculptés. Chaque village a plusieurs églises, une pour chaque religion. Orthodoxe, catholique, réformée luthérienne, évangélique. Dans tous les cas, en hongrois, c'est « templom ».

Il n'y a pas de camping avant longtemps. Je me dis que je vais essayer de me renseigner sur les chambres d'hôtes en arrivant à Harta, et un monsieur qui passe en vélo va m'aider, et en fait il n'y a pas grand chose. Toutes les chambres sont prises, dans la dernière la dame me laisse planter la tente sur sa pelouse, mais me fait quand même payer.

Vendredi 19 mai 2017 Harta- Baja 72km

La plaine!

Très beau temps, très chaud, vent du sud

Agréables petites routes bordées de robiniers, sureaux (en fleurs aussi), ormes et noyers, traversée de jolis villages animés où on voit des vélos partout. Du transport pas du sport. Devant chaque place chaque magasin il y a des porte vélos, malheureusement c'est souvent problématique pour les vélos des randonneurs à cause des sacoches.

Quand à la campagne, elle est tout simplement... plate. Aucune ferme, aucun bâtiment agricole, un pivot d'arrosage de temps en temps. Comme culture il y a des céréales, un peu de colza, pas mal de maïs qui commence juste à pousser sur une terre presque blanche.

À partir de Föktö il n'y a plus moyen d'éviter la digue. Au début elle n'est pas revêtue, on peut rouler, mais avec une attention constante qu'il serait dur à soutenir longtemps, et puis après, ouf ! DU GOUDRON !! En fait ça ne va pas si vite que ça car le vent est en face.

Le paysage est un peu monotone, on ne voit pratiquement jamais le Danube même quand il est proche, il y a toujours des arbres (peupliers, sauvages ou cultivés, principalement).

Quelles distractions ? Des cyclistes qu'on croise et qui ne disent pas beaucoup bonjour. Des voitures qui ne devraient pas être là et surtout qui vont trop vite et vont faire des nids de poule, l'occasion de râler. Des oiseaux. Des cigognes de temps en temps, des oiseaux qui chantent dans les buissons, et pas mal de rapaces non identifiés, sauf des busards (à leur façon de voler à ras de terre). Du côté droit il y a toujours des bois, c'est un parc national (Duna Drava) ; à gauche, parfois des bois, parfois des champs (toujours aussi plats).

Il y a de temps de temps au milieu des bois des groupements de petites maisons, assez dispersées, peut-être bien des maisons de week-end. En s'approchant de Baja dont la première chose qu'on voit ce sont des établissements industriels, usine de traitement des eaux, silos, grues de chantiers portuaires.

Le camping est pas terrible, petit, coincé dans des bâtiments, trop près de la ville d'où on entend deux concerts à la fois, heureusement le plus proche c'est de la musique yougoslave pas mauvaise.è

Belle ville, une très grande place monumentale, églises, petites rues avec des vieilles maisons très belles.

Samedi 20 mai 2017 Baja – Mohacs – (Pecs) 44km

un habitant du village

Très beau temps, chaud, vent du nord ouest

Le vent souffle dès le matin. Mais cette fois dans le « bon » sens. Jusqu'à Szeremle, on suit des petites routes, ensuite on reprend la digue, où la voie est de nouveau goudronnée. C'est donc rapide, pas très varié, toujours la digue avec une seule vue sur le Danube à l'embarcadère de Dunafalva (il y a aussi une plaque en allemand, Dunaudorf).

Je ne suis pas très en forme et je me sens épuisée comme si j'avais roulé 70km à l'arrivée au bac qui permet de traverser le Danube pour aller à Mohacs. J'ai vraiment besoin de repos.

Au bac il y a un couple de retraités allemands originaires de Göttingen, qui vont jusqu'à la Mer Noire et après en Grèce. Leur équipement, tout Ortlieb et Vaude, est au top.

Mohacs, un nom qui fait arabe. Il n'y a pas que le nom, il y a une grande mosquée (maintenant église), et des bâtiments dans le style. C'est une ville agréable, avec des grandes zones piétonnes et des pistes cyclables partout. Au bord du Danube il y a une fête où les gens s'attablent pendant que des plats mystérieux (où on aperçoit notamment des poissons) cuisent dans de grandes bassines.

Le train pour Pécs a un seul wagon très « rétro » tout à fait adorable, sauf pour l'accessibilité : quatre hautes marches. Mais le contrôleur m'aide à monter le vélo. Le pire c'est qu'il faut refaire deux fois l'opération car il y a un changement.

Pécs (en allemand Fünfkirchen et en français Cinq-Eglises...???) a une très belle gare mais c'est aussi une ville tout à fait magnifique, très ancienne, et où on trouve des traces de toutes les époques.

Et là la chance me sourit car là où j'avais réservé ils m'ont préféré un grand groupe et m'envoient dans un autre hostel Ananas Hostel qui est bien mieux, plus sympathique, plus au calme, et où je peux rester deux nuits.

Dimanche 21 mai 2017 Pécs

Fontaine en céramique sur la place principale

Beau temps, le même vent qu'hier

Journée de repos mais aussi visite d'une très belle ville.

Pas trop de détails. Ce que j'ai le plus apprécié:

- la manufacture de porcelaines Zsolnay (prononcer Jolnaï) magnifiquement restaurée.

Cheminées, bâtiments industriels, machines et tuyaux rouillés, jardins, statues, maisons somptueuses des patrons. Et tous ces bâtiments sont réhabilités à un usage culturel, spectacles, bibliothèques, école de musique, salle de réunion, que sais-je, plus quelques restos et boutiques.

- la basilique Saint Pierre et Paul, monumentale, à l'extérieur, quatre grande tours, sculptures, alignements de statues; à l'intérieur débauche de fresques et mosaïques. Et débauche d'habits du dimanche car c'est les communions et l'atmonsphère qui règne est bien plus festive que pieuse.

En fait s'il existait un bâtiment ancien à cet endroit, elle n'est pas du tout d'époque, c'est du neoroman du XIXème

- l'animation dominicale de la ville, bien sympathique.

Et puis l'hostel, des comme ça il n'y en a plus beaucoup, vieille maison, jardin, atmosphère chaleureuse et néanmoins tout confort et toutes commodités, notamment la cuisine.

dans la basilique